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Qu’est-ce que la Silicon Valley a que nous n’avons pas ?

Je viens de tomber sur cet article de Dino Auciello de Bilan intitulé « A Berne de prendre en main l’innovation » et je n’ai pas pu m’empêcher d’en rajouter une couche.

Imiter la Silicon Valley? Calquer la Start-up Nation? Partie explorer la scène high-tech bouillonnante en Israël, une délégation suisse est revenue des idées plein la tête. Avec une interrogation principale: «Qu’est-ce qu’elles ont que nous n’avons pas?»

Une question inévitable lorsqu’on assiste à un tel bouillonnement entrepreneurial. Or, chaque plateforme – Tel-Aviv, San Francisco ou Londres – répond à des besoins propres. Avec une R&D et des institutions académiques efficaces, un environnement politique stable, un tissu de PME solide, la Suisse a bâti son hub de pointe à l’image de son histoire socio-économique. Il lui manque pourtant l’impulsion qui pourrait la sortir de l’enlisement actuel. Soit un vrai partenariat privé-public pour l’innovation, orchestré par la classe politique.

Prenons le modèle dual de la formation professionnelle, cher à la Suisse. Un mariage réussi entre le privé et le public qui intrigue et inspire à l’étranger. C’est cette même voie que doit prendre notre politique d’innovation. L’Etat doit assumer son rôle primordial dans l’essor d’un écosystème à succès car les secousses sur le marché du travail n’épargneront pas la Suisse. Le franc fort frappe frontalement les industries exportatrices tandis que la révolution numérique change totalement la donne de l’emploi. La Suisse a souvent pu se reposer sur ses lauriers. Pour combien de temps encore?

Si le démarrage des start-up est plutôt bien soutenu, il reste indéniable que les jeunes structures se retrouvent souvent dans une impasse lorsqu’il s’agit de financer une croissance pourtant prometteuse. Elles s’exilent vers des bras plus accueillants, ou disparaissent.

Il va sans dire que la Confédération investit trop peu. Ce ne sont pourtant pas les fonds qui manquent. Les 2000 caisses de pension suisses, et leurs centaines de milliards de francs dormants, pourraient contribuer à renouveler notre économie, lui donner un souffle salvateur, en injectant une micropart de ces fonds dans les sociétés prometteuses. Un tout petit pourcentage qui pourrait pourtant propulser la Suisse parmi les grands centres névralgiques de l’innovation. L’Etat renforcerait le marché du travail national, tout en laissant faire le marché. C’est ainsi qu’il créerait de véritables conditions-cadres avantageuses.

Les projets de banques d’investissement pour l’innovation soulevaient trop peu d’intérêt dans les hautes sphères politiques. Jusqu’à l’annonce du mercredi 12 octobre: un projet de fonds national de capital-risque pour financer nos hubs innovants, soutenu par les Chambres fédérales et deux Conseillers fédéraux, se concrétiserait dans les mois à venir. Une nouvelle qui soulage.

Source : http://www.bilan.ch/dino-auciello/a-berne-de-prendre-main-linnovation

 

Que nous manque-t-il (en Suisse, France) pour encourager l’innovation ?

  1. L’accès aux ressources – la Silicon Valley s’est construite pour lancer des startups. Les meilleurs talents vient là bas. Les investisseurs early stage et late stage y vivent également. L’écosystème passant du support staff aux avocats et aux banques savent et comprennent le monde des startups. Les conférences et les meetups de haut-vol sont tenus là bas. La richesse des talents et des ressources est inégalée.
  2. La startup est culturellement acceptée. La majorité des startups se plantent, et alors ? A la Silicon Valley c’est OK et c’est même encouragé ! La faillite de son entreprise est un processus totalement digéré et somme toute normal.
  3. La proximité des acteurs majeurs (Google, Amazon, Facebook …) ou d’autres potentiels acheteurs, partenaires, repreneurs. De nos jours il est pratiquement incontournable de dealer avec ces acteurs à différents stade du développement de sa startup. Il est plus facile de tisser des liens quand on côtoie ces entités surtout si elle sont géographiquement proche.
  4. La proximité de Berkeley et Standford. Deux des plus mythiques écoles d’ingénierie informatique sont basées en Californie. Cela garanti l’accès à un vivier sans cesse renouvelé de talents, d’idées fraîches et d’intellectuels qui y vivent comme des poissons dans l’eau.La vérité est qu’une startup peut démarrer n’importe ou dans le monde, elle a cependant plus de chance de démarrer, croître et prospérer dans une communauté naturelle et dynamique. Ici c’est la banque et la finance à papy, on ne peut pas tout avoir…

En conclusion – je dirai que Berne ou Genève ne font pas rêver – ne donnent pas l’accès au early seed, ne comprennent pas les startups et n’acceptent pas leurs échecs, pivots, style de vie. Pour réussir il faut OSER (voir mon article sur le sujet) et c’est peut être ce qui différencie le plus la Silicon Valley de notre conservateur village de montagne.

Steve Raffner

The author Steve Raffner

  • Oui et non

    Votre article me laisse relativement perplexe, en tous cas pour la Suisse, même si je partage en partie votre analyse.

    1) Les avocats zurichois, genevois et vaudois comprennent de mieux en mieux le milieu des start-ups. Il en va de même pour les banquiers, même si pour ces derniers l’aversion traditionnelle au risque a laissé des séquelles. Il n’empêche qu’un mouvement s’est engagé dans les salon feutrés des études et autres banques. Ce ne sont ni les fonds, ni les compétences qui manquent et on peut espérer que l’augmentation du nombre de start-ups (notamment dans la Fintech) continue à inciter ces acteurs à faire leurs transition vers le monde moderne.

    2) L’échec est de mieux en mieux accepté en Suisse, en tous cas sur l’arc lémanique.

    3) Sans bénéficier de la dynamique de Google, Apple et consorts, la Suisse ne s’en tire pas sir mal dans certains domaines. En ce qui concerne les Biotechs ou les Fintechs les suisses ont des arguments à faire valoir (Roche, Novartis pour la pharma / UBS ou Crédit Suisse pour la finance etc…). Ces acteurs traditionnels commencent enfin à se réveiller et c’est une bonne chose.

    4) Sans être Berkeley ou Stanford, l’EPFL et l’ETHZ constituent des piliers intéressants sur lesquels appuyer ce mouvement.

    Ce commentaire n’a pas pour but de dire que tout va bien en Suisse. Nous savons tous que c’est faux. Simplement de dire que le mouvement s’est (doucement) enclenché et qu’il doit être accompagné et suivi.

    J’avoue être un éternel optimiste et j’aime à me dire que les changements de ces dernières années (fin du secret bancaire etc…) ont obligé un certain nombre d’acteurs traditionnels à se mouiller. J’espère bien que le mouvement ca continuer et même s’amplifier.
    Après tout, pourquoi ne pas amener notre « conservateur village de montage » vers les sommets.

    PS: Petite typo, vous avez mis Caroline du Nord et non Californie dans votre article.

    • Les points 1) et 2) sont liés à des facteurs difficilement quantifiables – mon commentaire traduit mes propres expériences et ressentis.

      Le point 3) est plus intéressant à disséquer. En effet, il semble que le microcosme suisse de l’innovation soit obnubilé par les thèmes de Biotechs et de Fintech. Ces sous-ensembles, qui ne sont pas inintéressants sont à mon avis des niches pointues, peu divertissantes et qui vont à contresens de l’esprit des makers, startupeurs et autres acteurs des nouveaux paradigmes. Les startups actives sur ces thèmes sont trop souvent des « fausses startups » qui se plaisent à s’estampiller « startup » pour se donner un genre. Elles sont le fruit de méthodes d’innovation éculées et portées par des acteurs conservateurs issus du domaine. A mon sens, les acteurs qui pourront apporter un air frais sur ces thèmes viendront d’autres paradigmes. En effet, j’ai peu d’espoir de voir une banque ou une pharma se disrupter elle même par un système open source ou décentralisé par exemple.

      Nous sommes partiellement d’accord sur le point 4) ces institutions génèrent beaucoup de projets et de têtes pensantes. La question est de savoir si elles restent dans nos villages de montagne ou si elles partent tenter leur chance du côté sur la côte ouest des Etats-Unis ?

      Merci pour votre commentaire – et pour l’échange